Des tubes et des couleurs coulent sur la toile : rien n’est figé, le portrait n’est pas un trait tiré. Si la couleur tombe à terre, peut-être remontera-t-elle irriguer par en haut, comme une fontaine de vie. À sa manière, le fluide dessine, il épouse légèrement les traits, il les accompagne. Valsent les teintes, persiste le dessin, ce n’est point une peinture hallucinée, mais à halos, chaque personnage couvert iconiquement de sainteté.

Les grandes plages de couleur couvrent des nappes qui ont transité parfois par une autre couleur, une première couche qui n’était pas claire, comme un temps de latence, avant l’intensité obtenue d’un bleu de cobalt, d’un vert émeraude, et je laisse aux autres couleurs le plaisir de n’être pas nommées. […]

Juliana Dorso relève le défi du portrait vivant qui refuse de condamner à mort par le vernis, le trait appuyé et la fidélité au réel. Pour elle, portraire, c’est s’aventurer dans un jet à flot continu.

Extrait des Respirations de peinture de Damien Blanchard